PhD-Blognotes

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Esquisse de bibliographie

20 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Bibliographie

Sur les conseils d'un de mes fidèles lecteurs, j'ai mis en ligne un premier état de ma bibliographie. A vrai dire, j'avais déjà commencé une page à ce sujet, mais ce qui me gênait, c'était l'impossibilité d'autoriser les commentaires sur une page web, comme sur les articles. Je crée donc celui-ci afin de permettre aux internautes les suggestions, les remarques, voire les corrections ou précisions.

A noter que ces "Orientations bibliographiques" sont un chantier en cours. Toutes les références que j'ai trouvées n'y sont pas encore reportées et certaines n'y resteront sans doute pas après consultation.

Les enquêtes sur la "librairie"

18 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Au cours du mois de juin dernier, j'ai pu consulter un manuscrit très intéressant qui m'avait été signalé par mon professeur, Frédéric Barbier.C'est le manuscrit NAF 399-400, "Estat de la librairie de France...", résultat de la grande enquête lancée en 1700 par Bignon sur toutes les professions du livre, du reste souvent confondues à cette époque. Outre le fait, signalé par Jean-Dominique Mellot, conservateur à la BNF,  que ce manuscrit est un formulaire imprimé en taille-douce (colonnes et rubriques à compléter), il présente des informations intéressantes sur la production de chaque imprimeur. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de terminer l'ensemble du manuscrit, mais j'y ai déjà repéré plusieurs imprimeurs qui travaillent beaucoup pour les administrations ou les autorités ecclésiastiques, susceptibles donc d'avoir imprimé des formulaires. Sont surtout mentionnés des arrêts, affiches, ordonnances, déclarations et factums. Mais j'ai pu repérer plus précisément des travaux qui entrent nettement dans mon champs d'investigation :
  • A Rennes :
    • Jean-Baptiste Houjus : des "formules de quittance"
    • Perrine Rouxel, veuve de Mathurin Denis : "des registres pour les controlles, des actes de notaires"
    • Jeanne Marie Josephe Géhenne, veuve de François Vatar : "feuilles de parangon"
  • A Pezenas, en Languedoc
    • Jean-François Martel, travaille pour le diocèse d'Agde : "a imprimé 1000 billets contenant certificats du passage des pauves mandiants à Pezenas"

Moins précis :
  • la veuve Lamothe : des ouvrages pour la Aides, tailles, contrôles
  • plusieurs imprimeurs déclarent avoir imprimé des "usages" et des "ouvrages ou travaux de ville".
Le problème est de savoir ce que recouvrent exactement ces expressions, probablement la multitude de ce que les anglophones nomment les ephemera (j'en reparlerai), et aussi des formulaires.

Je n'ai pas trouvé le temps cet été de retourner sur le site de Richelieu, dont les heures d'ouverture sont plus restreintes et où il n'est pas possible de réserver des documents à l'avance. Disons que j'ai préféré exploiter au maximum les deux journées soustraites aux vacances avec les enfants pour aller au Rez-de-jardin du site de Tolbiac qui ferme à 20h. Mais j'aurai encore d'autres documents à y consulter, ce dont  je me réjouis d'avance, car j'affectionne particulièrement l'atmosphère feutrée du Cabinet des manuscrits. Je profite toujours de mes passages pour jeter un coup d'oeil furtif sur les superbes manuscrits enluminés que consultent d'autres chercheurs. Cela me rappelle ma jeunesse, les heures passées à déchiffrer de fastidieuses dissertations sur la Beata Virgo truffées d'abréviations (merci Cappelli !), mais superbement calligraphiées et illustrées.

J'y retournerai donc à mon prochain passage à Paris, d'autant plus, qu'entretemps, j'ai lu les premiers chapitres du livre de mon professeur Trois cents ans d'histoire de l'imprimerie où il détaille les trois grandes enquêtes sur les métiers du livre menées au cours du XVIIIe siècle en 1701, 1764 et 1771 en comparant leurs résultats. Il signale à cette occasion les autres manuscrits conservés à la BNF, les manuscrits du fonds français 22 184 et 22 185 pour 1764 et 21 832 pour 1777. L'une des conclusions de cette étude aboutit à une constatation qui concerne particulièrement mon sujet : au cours du XVIIIe siècle, les imprimeurs provinciaux, notamment ceux des centres secondaires, se trouvent de plus en plus confinés dans des travaux  pour les administrations, considérés comme mineurs par rapport à l'impression de livres proprement dits.

Je reviendrai aussi sur cet ouvrage extrêmement intéressant quand j'aurai avancé davantage dans ma lecture.

 

Les publications du SCOM à la BNF

16 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Mardi dernier, journée un peu difficile à la BNF. Arrivée tard et n'ayant pas réservé à l'avance, je peine à trouver une place. Plus rien en salle T, Ma salle, celle de la documentation sur le livre, où je peux consulter beaucoup d'usuels sur l'histoire de l'imprimerie en attendant l'arrivée de documents commandés, notamment le livre de mon professeur sur l'histoire de Berger-Levrault que j'ai ainsi commencé. Je m'adresse à la banque d'accueil pour trouver la place la plus favorable en expliquant mon problème. La dame, très agréable et compréhensive, m'installe en salle V, la plus proche, ce qui me permettra d'y transporter mes usuels favoris sans me mettre en infraction. Je m'installe, je commande mes documents : j'ai décidé aujourd'hui de m'intéresser aux publications du SCOM (Service central d'organisation et méthode), un ancien service du Ministère des Finances qui a été supprimé en 1985, notamment deux d'entre elles :
  1. 1. L'élaboration des imprimés administratifs, publié à quatre reprises en 1964, en 1968 , 1973 et 1979
  2. 2. Les formulaires, conception et réalisation, publié en 1983
Je connais l'une des éditions du titre 1 pour l'avoir utilisée quand j'étais en poste à Cayenne. Il s'agit d'un guide pour les administrateurs qui veulent élaborer un formulaire. Le titre 2 poursuit exactement le même objectif, mais c'est une publication totalement nouvelle, avec du reste un autre titre.
J'ai décidé d'établir une comparaison d'une part entre les différentes éditions du titre 1, d'autre part entre le titre 1 et le titre 2.

Pour ce faire, il me faut les cinq publications sur ma table de travail. Et c'est là que les choses se compliquent. Je commande sans problème les éditions de 1968, 1973 et 1979 du titre 1 et le titre 2. En revanche, impossible d'obtenir l'édition de 1964, la première, qui m'intéresse donc au plus haut point. Pourtant la notice du document existe bien. Je m'adresse au poste Informations bibliographiques de la banque d'accueil. Il s'avère que, pour une raison inconnue, il n'y a a pas de lien informatique pour ce document. La bibliothécaire me dit de m'adresser à la salle N/O (O étant dédié aux publications officielles) pour une vérification en magasin. Me voilà donc en route dans les immenses couloirs de la BNF (on fait des kilomètres à pied dans cette bibliothèque !). Je signale le problème et reviens travailler à ma place.

Finalement au bout d'environ une demie-heure, on me signale que je dois me rendre à nouveau en salle N/O. J'y trouve mon document : en fait, il a été relié en un volume avec d'autres publications du SCOM après son catalogage et celui-ci n'a jamais été repris en conséquence. Mais là nouvel écueil : je souhaite emporter ce document à ma place pour pouvoir établir la comparaison avec les autres éditions qui y sont arrivées. J'explique tout cela, m'attendant à une fin de non-recevoir, mais à ma grande surprise, ma demande est prise en compte : la solution est assez simple, il suffit qu'un agent m'accompagne avec le document jusqu'à ma place et je devrai le rapporter de la même façon en me faisant accompagner.

Après une heure et demie d'explications, d'attente, d'allées et venues, je me retrouve enfin avec toutes les éditions sur ma table. J'ai perdu un peu de temps, certes, mais je dois dire que j'ai à tous moments rencontré une grande disponibilité : le personnel de la BNF est remarquablement à l'écoute des chercheurs et fait vraiment tout pour les satisfaire au mieux. Je suis admirative : le souci de la qualité et du service public se rencontre rarement dans une aussi grande institution.

Désormais, mon temps est compté. Je décide donc de me consacrer essentiellement à la comparaison minutieuse des éditions de 1964, 1968 et 1973, vu qu'elles semblent très proches et qu'il est difficile d'obtenir celle de 1964. Le résultat est le suivant : les éditions de 1964 et de 1968 diffèrent très peu. Les quelques modifications de la table des matières ne correspondent pas en fait à un changement de contenu dans la publication. Les seules différences notables entre les éditions de 1964 et de 1968 sont :
  • l'allusion à la circulaire du Premier Ministre du 18 juillet 1966 qui prescrit "l'harmonisation générale de tous les questionnaires et formulaires administratifs". Celle-ci est en fait l'acte de naissance du CERFA et est jointe en annexe à l'édition de 1968.
  • un paragraphe intéressant, ajouté en 1968, sur la gestion des stocks (quand on pense aux stocks de formulaires inutilisés et périmés que l'on trouve dans les salles de pré-archivage des administrations, on se dit les auteurs du SCOM ont prêché dans le désert !)
  • la présence en annexe dans la première édition d'exemples de formulaires sur papier pelure avec carbones, extrêmement fragiles et qui ont été supprimés de l'édition de 1968.
L'édition de 1973, dite "Revue et augmentée" présente davantage de différences. Le temps me manque pour terminer mon étude et ma comparaison, mais j'en ai fini avec l'édition de 1964. Il ne me sera donc pas difficile de poursuivre avec les autres éditions.
Ce qui me frappe dans l'immédiat, c'est que cette publication est totalement orientée vers les aspects formels du formulaire (mise en page, présentation des titres de rubriques, typographie, couleur, etc.) et pas du tout vers les aspects conceptuels (les objectifs, l'adaptation à l'usage, l'exploitation ultérieure).

La lettre de change : une lecture peu enrichissante

15 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Mes recherches sur la lettre de change se poursuivent, mais avec difficultés. J'ai consulté l'ouvrage dirigé par Charles Carrière Banque et capitalisme commercial : la lettre de change au XVIIIe siècle. Cet ouvrage collectif comporte un chapitre rédigé par Marcel Courdurié, dont l'un de mes professeurs m'avait recommandé la lecture. Malheureusement, ce livre, malgré son intérêt, ne m'a pas apporté grand chose par rapport à celui de Raymond De Roover. Il traite surtout des usages de la lettre de change comme effet de commerce : escompte, circulation, cotation et spéculation, et me donne donc des informations intéressantes sur le contexte de son utilisation et sur son développement au XVIIIe siècle (augmentation en nombre et accélération de sa circulation). Mais il n'aborde pas la question de sa forme, à part à la page 147, où il est précisé que la lettre de change est longtemps restée manuscrite, sous la forme d'une missive personnelle, dotée d'une signature qui lui donnait toute sa valeur.
Néanmoins, les auteurs signalent et exploitent un fonds susceptible de m'intéresser : le fonds Roux conservé aux archives de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille et qui comporterait, d'après Marcel Courdurié, plus de 10 000 lettres de change entre 1728 et 1803. Des sondages dans ce fonds me permettraient sans doute d'étudier l'évolution formelle de la lettre de change. A voir. A suivre.

Vacances studieuses...mais pas trop

14 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Chronique

Eh bien oui, ce sont les vacances, alors comme vous avez pu le constater par mon article précédent, je suis allée au cinéma, mais…à la sortie de la Bibliothèque nationale après une longue journée de travail (géniale l’idée d’avoir placé un cinéma devant la BNF !). Bon, je ne campe pas à la BNF tout de même ! Mais entre ce séjour du mois d’août et une autre semaine en juin, j’ai réussi à avancer un petit peu sur mon projet : une bonne quantité de notes qu’il faut maintenant commencer à exploiter, une remise en ordre de mes favoris et de mes fichiers qui s’étaient accumulés au gré des infos et des visites de sites, quelques idées nourries par les lectures et les découvertes…De quoi alimenter un peu ce blog pour vous redonner l’envie d’y venir.
D’ailleurs, au passage, je tiens à remercier tous les fidèles qui ont empêché mon blogrank de faire une plongée catastrophique malgré mon long silence.

Le formulaire au cinéma

14 Août 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Chronique

Robert Duval vient de perdre son père. Il complète la déclaration de décès ; un an plus tard environ, c’est sa veuve, Marie-Jeanne, qui accomplit la même formalité : deux plans du film de Rémi Bezançon  Le premier jour du reste de ta vie, quasiment identiques, une main traçant soigneusement les lettres dans les cases d’un formulaire. Ce geste, comme un point final au bout d’une vie, semble presque apaisant. Il correspond à une formalité administrative nécessaire, une véritable corvée que l’on doit accomplir à un moment où l’on souhaiterait plutôt laisser libre cours à sa douleur. Il se révèle pourtant salvateur : on s’applique, on discipline son écriture pour faire entrer les lettres dans les petites cases, on réfléchit pour ne pas faire de rature, on cherche les éléments que l’on a toujours ignorés ou que l’on a oubliés – un deuxième prénom, un numéro de sécurité sociale – et pendant ce temps, on met des mots sur la souffrance, on l’accepte, on l’apprivoise, on la maîtrise.

Le fait qu’un film français très actuel, réalisé par un jeune cinéaste et ayant pour thème les heurs et malheurs d’une famille d’aujourd’hui, présente à deux reprises et en gros plan un formulaire montre à quel point ce document est intégré dans notre quotidien.

Le geste montré par ces deux plans, nous l’accomplissons aujourd’hui des milliers de fois, sur papier ou en ligne, il scande presque tous les actes, tous les événements de notre vie, heureux ou malheureux, importants ou anodins : formalités préludant au mariage, naissance des enfants, décès d’un proche, achat ou construction d’un logement, d’une voiture, d’un équipement quelconque, ouverture d’un compte bancaire, souscription d’un emprunt ou d’une assurance, inscription dans un établissement d’enseignement ou à des activités de loisirs, réservation d’hôtel, de train ou d’avion, gestion des frais de santé, déclarations obligatoires auprès des administrations… tout passe par un ou plusieurs formulaires.

La lettre de change

15 Mars 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Continuant mes investigations dans la sphère privée, j'ai commencé à m'intéresser de plus près à la lettre de change.  Le premier ouvrage que j'ai consulté à ce sujet est le suivant :
ROOVER, Raymond de, L’évolution de la lettre de change, XVIe-XVIIIe siècles, Paris : Librairie Armand Colin, 1953. 240 p.

 

Ce livre aborde les aspects économiques de l’histoire de la lettre de change : ses origines, les aspects monétaires, les débuts de l’endossement, la pratique de l’escompte. Malgré le vif intérêt qu'ont toujours suscité en moi tous ces thèmes, j'ai survolé rapidement ces chapitres trop éloignés de mon sujet,  pour arriver à la page 141 dans laquelle  l’auteur aborde les caractères externes de la lettre de change et ce qu’il en dit est très intéressant.

Au Moyen Age,  la lettre de change était en principe un instrument olographe, donc entièrement manuscrit et écrit de la même main. Dans les grandes compagnies bancaires seuls certains associés avaient le droit de rédiger des lettres de change : leur nom et un spécimen de leur écriture, étaient envoyés à tous les correspondants.

Cette habitude est à rapprocher de la preuve par signature avec vérification de la conformité à un autre original : le chèque et la pièce d’identité, par exemple. 

 

Dans les fonds Datini et Médicis investigués par l'auteur,  certaines lettres de change ne sont pas olographes, mais calligraphiées par un scribe et complétées par une formule ordonnant le paiement au porteur de la lettre de change écrite à la main par un fondé de pouvoir de la banque. Raymond de Roover a trouvé un exemple de ce type remontant à 1400.

On peut voir là déjà l’évolution qui va aboutir à la lettre de change pré-imprimée.


Pourtant la lettre de change reste un document olographe pendant tout le XVIe siècle. Après 1600, on commence à attacher plus d’importance à la signature qu’à la main de l’émetteur. C’est  à partir du XVIIIe siècle que l’on trouve des lettres de change imprimées avec des blancs à remplir par le signataire. L’auteur en a trouvé un exemplaire datant de 1715, mais c’est encore un document très rare (le seul dans un dossier contenant plusieurs liasses, selon lui). L’usage de formules imprimées se répand toutefois à partir de cette époque. « En France d’ailleurs, les lettres de change échappaient à la règle établie par la déclaration royale du 30 juillet 1730 exigeant que les promesses, les billets et les quittances fussent entièrement écrits de la main de leur signataire. » (l’auteur cite Lévy-Bruhl, Histoire de la Lettre de change en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 1933, p. 55).
 

L’auteur reproduit cette lettre de change de 1715 dans ses pièces justificatives sous le numéro 14 et donne une transcription où les mots ajoutés à la plume sont indiqués en italiques. Il a trouvé ce document aux Archives communales d'Anvers et la référence est Insovente Boedelskamer n° 1387, fonds de Lannoy.


Il est intéressant de constater que l’impression reproduit l’écriture manuscrite, à tel point que l’on a du mal à distinguer l’imprimé des mentions rajoutées à la main sur la reproduction en noir et blanc. J'ai déjà remarqué cette habitude d'imiter l'écriture manuscrite pour la partie imprimée sur les formulaires les plus anciens. C'est le même phénomène que l'on constate dans les incunables : les premiers imprimeurs, Gutenberg en tête, ont essayé de reproduire aussi fidèlement que possible l'écriture manuscrite. A vrai dire, à cette époque, on ne conçoit pas que l'écriture puisse être différente. Mais au début du XVIIIe siècle, les circonstances sont autres : l'écriture d'imprimerie a désormais sa propre existence et ses styles de polices, même si certaines habitudes persistent (le S médiant long par exemple, ou dans certaines polices les ligatures ct, st, etc.). Dans le cas du document pré-imprimé, Je ne crois pas que ce soit seulement un choix esthétique. Il semble que l'on répugne à admettre l'imprimé au même rang que l'écriture manuscrite dans des documents ayant une valeur juridique ou officielle. Il serait intéressant d'arriver à déterminer vers quelle date cette habitude se perd. S'est-elle d'ailleurs totalement perdue ? Il me semble qu'aujourd'hui encore, certains diplômes sont pré-imprimés en caractères imitant l'écriture manuscrite, comme si celle-ci leur conférait plus de solennité.





 

La sphère privée : quelques pistes

18 Février 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Jusqu'à présent, j'ai surtout exploré la voie administrative.  La sphère privée  est plus délicate à investir, quoique prometteuse. Elle est en tous cas un peu moins présente dans les services d'archives publics.

Industrie et commerce  fournissent en abondance des formulaires au XIXe siècle et  au début du XXe : factures, bons de commande, quittances, statistiques en tous genres...Les exemples ne manquent pas.
En revanche, quand on remonte dans le temps, la recherche risque d'être moins favorable.

Il y a d'abord la lettre de change, ancêtre de notre billet de banque et de notre chèque, à laquelle je me suis intéressée il y a très longtemps, en étudiant la naissance des techniques bancaires. A ce sujet, Jean-Daniel Zeller m'a signalé le récent ouvrage de Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures : langue, nombre, code, sur lequel il faut que je mette la main. Tiens, à ce propos, il va valloir que je commence une page bibliographie à enrichir au fur et à mesure.

Le secteur maritime surtout semble le plus intéressant, autant du côté administratif que du côté privé. Ainsi Isabelle Chiavassa m'a indiqué l'existence, aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, de trois types de documents présents dès l'Ancien Régime :
  • le certificat de visite de bateau : un exemple dans le fonds de l'Amirauté de Marseille
  • l'assurance maritime (là encore, une de mes vieilles marottes) dès 1639. Il semblerait même que la décision de créer un formulaire imprimé remonte à 1636. On en trouve plusieurs exemples dans des fonds privées conservés aux AD.
  • le connaissement : trois exemples du XVIIIe siècle

Et puis j'ai creusé un peu le domaine privé en dehors des activités économiques et j'ai fini par trouver l'existence de  faire-part de naissance pré-imprimés au début du XXe siècle. Voici ce que j'ai pu lire dans le blog 1001 faire-part sur l'histoire du faire-part de naissance, histoire relativement récente puisqu'elle commence en 1781 avec une faire-part manuscrit de Gauthier de La Peyronnie pour annoncer l'arrivée de son fils :
"Puis, à la Belle Epoque, le faire-part de naissance va s’offrir toutes sortes de fantaisies. La grande innovation des années 1900 est la carte illustrée. Des peintres et dessinateurs comme Poulbot prêtent leur talent et leur imagination à ces nouveautés qui font bientôt fureur. Au dos de la carte, un texte pré-imprimé annonce l’heureux évènement, laissant un blanc pour ajouter à la main la date de la naissance, le poids du nouveau-né et son prénom.
Cette pratique adoptée par les milieux modestes a perduré jusque dans les années 1940."
Je retrouve d'ailleurs le même texte (tiens, tiens, qui a copié qui ?) dans un autre blog Au pays des cigognes
Affaire à creuser, avec quelques bonnes références bibliographiques, de préférence.







Les faire-part de naissance

L'administration catholique et le formulaire

17 Février 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

L'administration catholique semble avoir été un producteur important de formulaires. Je l'ai déjà évoqué au sujet des indulgences pontificales et des actes de catholicité.
A ce sujet, Isabelle Chiavassa m'a signalé l'existence de deux indulgences de Léon X, respectivement datées de 1514 et 1517 et cotées en 1 J 17 aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Jean-Luc Biarnais, archiviste du diocèse de Gap, m'a apporté une indication complémentaire précieuse en me citant une ordonnance relative aux actes de catholicité adressée par Mgr Victor-Félix Bernadou, évêque de Gap entre 1862 et 1867, aux curés et vicaires du diocèse. Cette ordonnance datée du 23 novembre 1866 prescrit à partir du 1er janvier 1867 l'utilisation obligatoire des "registres de catholicité avec protocole imprimé" et interdit toute autre forme de registre. Elle est particulièrement intéressante parce qu'elle indique les motivations de ces nouvelles dispositions : "assurer la rédaction uniforme des actes de catholicité, pourvoir à la parfaite tenue des registres qui les contiennent et en faciliter le classement dans les archives de l'évêché". Le souci de rationnalisation est là parfaitement évident. Mais les difficultés pratiques ne sont pas oubliées : ainsi cette même ordonnance prévoit qu'avant le 8 décembre, les curés devront faire connaître "d'une manière précise, la moyenne des actes de Baptême, de Mariage et de Sépulture qu'ils passent annuellement dans leurs paroisses", ces renseignements étant indispensables  "pour faire établir les Registres en proportion des actes de chaque série". Ils doivent aussi prévenir lorsqu'ils ont l'intention de réunir plusieurs années dans un même registre pour le double à conserver dans leurs paroisses, "afin d'éviter des doubles emplois dans l'expédition". On voit donc que cet effort de rationnalisation s'accompagne inévitablement d'une organisation rigoureuse et d'une gestion prévisionnelle pour mettre en adéquation la production d'imprimés et les besoins réels. L'impression représente en effet un surcoût qui ne saurait aboutir à la gabegie.

Toujours dans les archives de l'administration catholique, j'ai pu repérer en faisant des recherches sur Internet une mention de dispense de ban en latin pré-imprimée, datée de 1763,  dans un forum du site Généalogie Nord-Pas-de-Calais, signalée par un certain Gaëtan Wagret. Il dit avoir trouvé ce document dans la série 5 G aux Archives départementales du Nord.  Les dispenses de ban sont des documents assez fréquents  : les bans étaient publiés normalement trois dimanches consécutifs avant le mariage, c'est-à-dire annoncés par le curé à la fin de l'office. Le Concile de Trente a rendu obligatoire la première publication et l'on pouvait obtenir, moyennant paiement, une dispense de ban, le plus souvent par souci de discrétion (n'est-ce pas précisément la même procédure que vient de suivre notre Président de la République, transposée au civil ?). Il est donc peu étonnant que ce type d'acte se présente sous la forme d'un document pré-imprimé, alors que les autres dispenses - dispenses de consanguinité par exemple - étaient entièrement manuscrites. Ce qui m'intéresse surtout, c'est la relative précocité de ces documents, car nous sommes en plein XVIIIe siècle.

Le secteur social : une piste confirmée

15 Février 2008 , Rédigé par Anne-Marie Bruleaux Publié dans #Sources

Me voici de retour de Budapest où je viens de passer trois jours en voyage d'étude avec mes étudiants : une belle ville, des services d'archives intéressants où nous avons été très bien accueillis, le tout sous un climat d'une douceur inespérée en ce mois de février.

De retour aussi sur mon projet après une trop longue absence. Je n'ai rien écrit depuis le 12 janvier dernier, soit plus d'un mois !  Ce n'est pourtant pas parce qu'il n'y avait rien à dire, car j'ai eu des informations importantes. Mais j'ai été engloutie pendant trois semaines par les corrections de copies d'examens.

Parmi les informations que j'ai reçues, plusieurs sont venues confirmer des pistes déjà évoquées, quelques-unes en ont ouvert d'autres.
Christine Nougaret, professeur à l'Ecole des Chartes, me signale quelques formulaires tirés des séries départementales B et C et  reproduits dans sa thèse Misère et assistance dans le diocèse de Rennes au XVIIIe siècle publiée en 1989 : certificat d'assiduité à un cours d'accouchement, soumission de ne plus mendier, soumission de prise en charge d'un mendiant, certificat de convalescence... Elle confirme ainsi la piste du secteur social déjà signalée par Marie-Claire Vitoux, mais cette fois pour le XVIIIe siècle.



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