Lundi 18 août 2008
Au cours du mois de juin dernier, j'ai pu consulter un manuscrit très intéressant qui m'avait été signalé par mon professeur, Frédéric Barbier.C'est le manuscrit NAF 399-400, "Estat de la librairie de France...", résultat de la grande enquête lancée en 1700 par Bignon sur toutes les professions du livre, du reste souvent confondues à cette époque. Outre le fait, signalé par Jean-Dominique Mellot, conservateur à la BNF,  que ce manuscrit est un formulaire imprimé en taille-douce (colonnes et rubriques à compléter), il présente des informations intéressantes sur la production de chaque imprimeur. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de terminer l'ensemble du manuscrit, mais j'y ai déjà repéré plusieurs imprimeurs qui travaillent beaucoup pour les administrations ou les autorités ecclésiastiques, susceptibles donc d'avoir imprimé des formulaires. Sont surtout mentionnés des arrêts, affiches, ordonnances, déclarations et factums. Mais j'ai pu repérer plus précisément des travaux qui entrent nettement dans mon champs d'investigation :
  • A Rennes :
    • Jean-Baptiste Houjus : des "formules de quittance"
    • Perrine Rouxel, veuve de Mathurin Denis : "des registres pour les controlles, des actes de notaires"
    • Jeanne Marie Josephe Géhenne, veuve de François Vatar : "feuilles de parangon"
  • A Pezenas, en Languedoc
    • Jean-François Martel, travaille pour le diocèse d'Agde : "a imprimé 1000 billets contenant certificats du passage des pauves mandiants à Pezenas"

Moins précis :
  • la veuve Lamothe : des ouvrages pour la Aides, tailles, contrôles
  • plusieurs imprimeurs déclarent avoir imprimé des "usages" et des "ouvrages ou travaux de ville".
Le problème est de savoir ce que recouvrent exactement ces expressions, probablement la multitude de ce que les anglophones nomment les ephemera (j'en reparlerai), et aussi des formulaires.

Je n'ai pas trouvé le temps cet été de retourner sur le site de Richelieu, dont les heures d'ouverture sont plus restreintes et où il n'est pas possible de réserver des documents à l'avance. Disons que j'ai préféré exploiter au maximum les deux journées soustraites aux vacances avec les enfants pour aller au Rez-de-jardin du site de Tolbiac qui ferme à 20h. Mais j'aurai encore d'autres documents à y consulter, ce dont  je me réjouis d'avance, car j'affectionne particulièrement l'atmosphère feutrée du Cabinet des manuscrits. Je profite toujours de mes passages pour jeter un coup d'oeil furtif sur les superbes manuscrits enluminés que consultent d'autres chercheurs. Cela me rappelle ma jeunesse, les heures passées à déchiffrer de fastidieuses dissertations sur la Beata Virgo truffées d'abréviations (merci Cappelli !), mais superbement calligraphiées et illustrées.

J'y retournerai donc à mon prochain passage à Paris, d'autant plus, qu'entretemps, j'ai lu les premiers chapitres du livre de mon professeur Trois cents ans d'histoire de l'imprimerie où il détaille les trois grandes enquêtes sur les métiers du livre menées au cours du XVIIIe siècle en 1701, 1764 et 1771 en comparant leurs résultats. Il signale à cette occasion les autres manuscrits conservés à la BNF, les manuscrits du fonds français 22 184 et 22 185 pour 1764 et 21 832 pour 1777. L'une des conclusions de cette étude aboutit à une constatation qui concerne particulièrement mon sujet : au cours du XVIIIe siècle, les imprimeurs provinciaux, notamment ceux des centres secondaires, se trouvent de plus en plus confinés dans des travaux  pour les administrations, considérés comme mineurs par rapport à l'impression de livres proprement dits.

Je reviendrai aussi sur cet ouvrage extrêmement intéressant quand j'aurai avancé davantage dans ma lecture.

 

Par Anne-Marie Bruleaux - Publié dans : Sources
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